Grâce à l’association Costa Rica Indigena, j’ai pu faire un volontariat dans une tribu indigène costaricienne. Un village qui a tenté de conserver sa culture millénaire malgré la colonisation et la mondialisation. Récit d’un voyage de quelques jours en pleine jungle, au cœur du Corcovado.
Mes premiers pas surprenants en tribu indigène
C’est un ami qui m’en a parlé. Il a connaît déjà Costa Rica Indigena, qui propose des volontariats en tribu indigène. Leur but : venir en aide aux populations et les aider à concrétiser des projets. Nous payons pour participer, ce qui permet à l’association de fournir du matériel et d’aider financièrement le village.
Cette fois, il s’agit de se rendre en territoire Ngäbe, en plein Corcovado, pour aider Javier à construire un préau.
Ma tête d’Européen, sans doute bernée par les reportages Arte, imagine infiltrer une tribu primitive, où les gens vivent en pagne, chassent à la sarbacane et dansent autour du feu. Spoiler Alerte : Ça n’est pas du tout le cas. Mais avant de vous en dire plus, laissez-moi vous raconter comment nous sommes arrivés sur le terrain de Javier.
Le rendez-vous est fixé sur une place du centre-ville de San-José, la capitale. Je suis avec Silvia, mon amoureuse, Gloria, sa meilleure amie, et Daniel, le copain de cette dernière. Nous sommes rejoints par une trentaine d’autres participant, ainsi que les organisateurs. Nous prenons place dans deux bus : un mini, où notre petit groupe est réuni, et un classique qui emporte le reste des volontaires.
Le trajet pour rejoindre le Corcovado est long. Très long ! Nous partons à 22h30 pour arriver à 05h00 du matin. Le bus est inconfortable, la route zigzague, bref, personne ne dort. À quelques kilomètres de l’arrivée, notre petit bus passe un pont enjambant une rivière. Le chauffeur nous prévient : l’autre véhicule est trop lourd pour l’édifice, il devra passer dans l’eau. En l’attendant nous sondons la rivière. Il y a peu de profondeur. Ça devrait passer.
Alors que le soleil se lève, tout le groupe est réuni. Le second bus est arrivé mais il a raté sa manœuvre et c’est embourbé sur la berge. Nous tentons tant bien que mal de dégager. Lorsque c’est fait il faut se rendre à l’évidence, il n’ira pas plus loin. Notre chauffeur n’a pas d’autre choix que de faire la navette entre la rivière et l’entrée du territoire Ngäbe pour tous nous déposer.

Pour autant, le terrain où nous sommes attendus est encore loin. La piste est trop accidentée pour le mini-bus et nous devons finir à pied. Il y en a pour plus d’une heure trente de randonnée, et évidemment, ce n’est pas plat. Malgré le manque de sommeil je gravis les côtes en souriant, excité par l’idée de ce volontariat. Autour de nous la nature est de plus en plus dense. L’âme de la jungle commence à se faire ressentir. Nous croisons quelques maisons. Les villageois viennent de se réveiller, certains nous regardent avec attention, les enfants nous font de grands signes.
Lorsque nous arrivons sur le terrain de Javier, il est 08h00. Nous sommes tous épuisés et morts de faim. Nous nous doutons que la journée est loin d’être finie mais personne n’imagine à quel point elle sera épuisante.
L’indigène qui nous accueille à la cinquantaine. Il porte un vieux jean et un t-shirt. Il n’a ni plumes sur la tête ni sarbacane. Et il parle avec un accent si marqué que je ne comprends pas un traître mot de ce qu’il raconte.
Trois jours au cœur d’une tribu indigène. Trois jours dans un territoire grandiose, magique et naturel.
Javier est le représentant de la tribu indigène Ngäbe. À ce titre, il reçoit des visiteurs sur son terrain et leur donne accès à une douche, à des toilettes, et il les nourrit contre quelques colones. Il a besoin de nous pour construire un préau où les touristes pourront mettre leur tente et leurs affaires en cas de pluie.
La première étape est d’aller récupérer un énorme tas de planches et de poutres qu’il s’est fait livrer un peu plus tôt. Il a sans doute expliqué pourquoi le lieu de livraison était si éloigné de chez lui. Si tel est le cas je n’ai rien compris. De toute façon, ça n’aurait pas changé le résultat.

Nous voilà donc, crapahutant sur des chemins boueux et portant les planches par binôme. Elles sont longues, très lourdes, et nous maltraitent les épaules tandis que nous essayons de ne pas glisser. Après plusieurs heures d’efforts, tout est finalement rapatrié sur le campement. Commence alors la construction du préau. Trois amis travaillent dans le bâtiment et prennent les initiatives, chacun les assiste du mieux qu’il peut.
Parallèlement au chantier, d’autres activités sont mises en place. La cuisine pour la communauté. Et la création de petits panneaux aux couleurs et nom du village qui serviront à orienter les randonneurs. Je participe à tout et partage ainsi avec tout le monde. Ce sont tous des Costariciens et chaque discussion continue de m’enrichir culturellement et linguistiquement.
À la fin du deuxième jour, Javier nous emmène dans la forêt. Que dis-je ? Dans la jungle ! Une jungle encore vierge, à la frontière d’un sanctuaire naturel où toute activité humaine est strictement interdite. Notre hôte nous conduit au bord d’une rivière, empruntant un chemin que ses pas ont eux-mêmes tracés au fil des années.
L’endroit est fabuleux. L’eau est calme et fraîche. Autour de nous, des arbres centenaires et des plantes exotiques composent le plus beau des tableaux. Les énergies de la jungle se font ressentir. Le lieu est pur et nous invite à être humbles, à respecter cette entité toute-puissante, cette maîtresse du monde : la nature.
Malgré nos précautions, le groupe fait du bruit et aucun animal ne se montre. Cela n’empêche pas les cris des singes Congos de parvenir jusqu’à nous. De jour, mais surtout de nuit, le spectacle sonore est particulièrement impressionnant.
Lorsque le soleil tombe, le ciel de la tribu indigène s’illumine de centaines de milliers d’étoiles. Il n’y a aucune pollution lumineuse autour de nous. C’est tout simplement grandiose !
Gamita, représentant d’une autre communauté indigène.
Durant notre séjour dans la tribu indigène Ngäbe, Javier et d’autres villageois nous expliquent que leur culture se perd petit à petit. Les nouvelles générations veulent améliorer leur confort de vie et partent faire des études en ville. Rares sont ceux qui reviennent s’installer au village. Idem pour les mariages. De nombreux jeunes s’unissent en dehors de la communauté et n’ont pas le cœur à perpétuer les traditions.
Parmi les volontaires, il y a Gamita. Il représente une autre tribu, les Bribri, vivant dans la région de Talamanca. Et lui est bien déterminé à ne pas laisser mourir sa culture.
Cet homme est l’incarnation de la sagesse et l’esprit indigène. Ancien instituteur, il a quitté son emploi pour se consacrer entièrement à sa communauté et à son père malade.
Il nous explique à quel point les anciens sont importants. Il est de son devoir de s’en occuper, de les soigner et de les protéger. Dans cette tradition matriarcale, la rivière et la forêt sont des ancêtres réincarnées qu’il faut respecter au même titre que les humains.
Lorsque nous partons nous baigner au milieu de la jungle, ma phobie des serpents ressurgit. J’angoisse à l’idée qu’un reptile se laisse porter par le courant et m’attaque. Logiquement, je suis retissant à me mettre dans l’eau. Gamita, le plus simplement du monde, m’explique qu’en rentrant à la capitale le lendemain, je peux tout à fait être renversé par une voiture. Qu’en attendant je me dois de profiter de ce qui m’est offert. Et que si un serpent me mord, c’est que c’est ainsi que les choses doivent se passer.
C’est une vérité évidente que mon cerveau occidental, trop habitué à tout anticiper, a oublié. Je le remercie pour ses mots et profite d’un des meilleurs bains de ma vie. Dans cette eau pure, je ressens pleinement les énergies descendues des hauteurs du Corcovado.
Pour promouvoir sa culture, Gamita organise des séjours dans son village. Pour s’y rendre, il faut marcher durant trois jours à travers la jungle et la montagne. Là-bas, dans la région de Talamanca, les maîtres du territoire sont les jaguars. Ces félins surpuissants capables de chasser d’énormes crocodiles pour leur dîner. On y a d’ailleurs récemment observé un individu rare. Un jaguar au pelage noir, icône des légendes les plus mystiques.
La suite de mes aventures en tribu indigène passera donc par cette nouvelle étape. Accompagné de Daniel et d’un guide formidable, je pars dans quelques mois. Bien évidemment, ce sera l’occasion de vous proposer un nouveau récit.
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