L’histoire du Costa Rica : La résistance des indigènes Costariciens face à la colonisation.

Voyage guidé et sur mesure au Costa Rica

De nos jours, le pays est synonyme de Pura Vida, de paradis tropical et de paix. Mais l’histoire du Costa Rica est aussi jonchée de conflits sanglants contre les colons espagnols.

Trop eurocentrées, les leçons d’histoire d’aujourd’hui omettent souvent la résistance indigène. Pourtant, les Costariciens causèrent de nombreux problèmes aux colons, retardant de plusieurs décennies la prise de contrôle du pays.

Les premières tentatives de colonisation du Costa Rica

Christophe Colomb arrive au Costa Rica par la côte atlantique le 25 septembre 1502. Il débarque dans l’actuelle ville de Puerto Limón, où il est accueilli par les Caribes. Cette communauté guerrière des Caraïbes dont je vous ai parlé plus dans ma dernière chronique. Ces derniers voient immédiatement les Européens comme une menace. Ils se rassemblent alors en grands nombres pour démontrer leur puissance. Armés d’arcs, de flèches et de bâtons de guerre, ils effraient Colomb qui décide de ne pas établir de colonie.  

Cette première rencontre est à l’image de toutes celles qui suivront. Les Espagnols tombant sans cesse sur des indigènes prêts à tout pour défendre leur territoire. C’est également de ce premier contact qu’est né le nom Costa Rica (côte riche en français).

Durant les années suivantes, de nombreuses tentatives de conquêtes sont menées. À l’époque les territoires couvrant les actuels Nicaragua, Costa Rica et Panama formaient le gouvernorat de Veragua. C’est Diego de Nicuesa qui est chargé d’y établir une colonie.

En plus des conditions hostiles de la jungle, la conquête de Veragua se heurte à une violente résistance indigène. Les Caribes connaissent parfaitement leur territoire et mènent des attaques éclairs sur les camps espagnols avant de disparaître dans la forêt. Malgré des pertes lourdes, ils parviennent à épuiser les colons. Ajouté au manque de nourriture et aux maladies tropicales, Nicuesa est contraint de quitter la région. C’est le premier grand échec de la colonisation d’Amérique centrale.

Les Espagnols persistent et les Costariciens résistent.

En 1513, Vasco Núñez de Balboa découvre l’océan Pacifique en passant par l’isthme de Panama. Cela permet aux Espagnols, sous l’autorité de Pedrarias Dávila, de s’attaquer au golfe de Nicoya et au golfe de Dulce. Ces régions sont capitales pour les colons en raison de leur potentiel agricole et de leurs ressources en or.

Dans le golfe de Nicoya, les Chorotegas ne se laissent pas faire. La région devient un véritable champ de bataille. Raids éclairs, embuscades et attaques de nuit sont les principales armes des indigènes. Les Espagnols, mieux équipés, mais en terrain inconnu, subissent de nombreuses pertes.

Mais s’il y a bien un ennemi contre lequel les Chorotegas sont impuissants, ce sont les maladies. Sans aucune immunité contre la variole ou la grippe, les autochtones s’affaiblissent. Des milliers d’entre eux en meurent, facilitant l’incursion des colons sur le territoire.

Entre 1519 et 1523, toujours sur la péninsule de Nicoya, Gil González Dávila mène son expédition. C’est l’une des premières campagnes de conversion de milliers de locaux au christianisme. Elle est plutôt mal accueillie par les indigènes qui, lorsqu’ils ne peuvent plus résister, continuent de pratiquer leur religion.

La tentative d’assimilation n’est pas un franc succès, mais Dávila parvient à récolter de l’or auprès de certains chefs locaux. Devant le butin, le gouverneur de la région ne peut qu’encourager de nouvelles expéditions.

En 1524, une nouvelle expédition est menée. En longeant la côte pacifique, les Espagnols découvrent le Rio Grande de Tárcoles, la plus grande rivière du Costa Rica. Ils s’enfoncent d’une vingtaine de kilomètres et créent la ville de Bruselas. Situé entre les actuelles villes de Chomes et Puntarenas, c’est la première colonie établie dans le pays.

La résistance héroïque des indigènes du Costa Rica face aux colons espagnols.

Dès sa fondation, Bruselas est la cible d’attaques constantes. Les indigènes assiègent la ville, tuent les sentinelles et incendient les réserves de nourriture. En s’attaquant aux convois de ravitaillement, ils isolent la colonie et affament ses habitants.

En réponse, les colons mènent des expéditions punitives dans les villages indigènes. Tuant, capturant des esclaves, ils ne font qu’attiser la haine des tribus locales qui intensifient leurs attaques.

La ville devient un symbole du contrôle de la région. Mais après quelques années, vaincus par le harcèlement, la famine et les maladies tropicales, les Espagnols abandonnent la colonie.

En 1534, sur la côte Caraïbes, Felipe Gutiérrez reçoit la mission d’établir une colonie durable. Le but est toujours de récolter de l’or, mais les Caribes résistent. Conscients que les Espagnols dépendent de leurs récoltes pour se nourrir, les indigènes adoptent la stratégie de la terre brulée. En incendiant les champs et en privant les envahisseurs de nourriture, ils parviennent à affaiblir les troupes de Gutiérrez.

En parallèle, les natifs attaquent les camps d’Espagnols. La tactique est toujours la même : mener des raids éclairs, souvent nocturnes, et disparaître dans la nature. L’utilisation de flèches empoisonnées leur permet également de maximiser les pertes ennemies.

Pour Gutiérrez, la situation devient vite désespérée. Face aux centaines de morts dans ses rangs, il est contraint de battre en retraite. L’expédition est un nouvel échec et démontre l’efficacité des indigènes à défendre leur territoire.

En 1539, Alonso Calero découvre le Rio San Juan. Une rivière qui relie le lac Nicaragua à la mer des caraïbes, aujourd’hui frontière naturelle entre le Costa Rica et son voisin du nord. Les différentes expéditions qui s’y succèdent sont pour la plupart des échecs, mais l’explorateur voit dans la région une grande source de richesse. Ses rapports, envoyés aux autorités coloniales, et exagérés par ces dernières pour justifier les coûts des campagnes auprès de la couronne, participent à la propagation du nom du pays.

Nommé gouverneur de la province en 1543, Diego Gutiérrez a pour mission de soumettre les populations locales, de pacifier la région, d’exploiter les ressources et de convertir les indigènes au christianisme.

Pour ce faire, il n’hésite pas à capturer deux caciques : Camaquire et Cocorí, les forçant à rassembler de grandes quantités d’or. Il imagine, à raison, que la détention des chefs de tribus affaiblira les indigènes.

Mais Camaquire parvient à s’échapper et rallie plusieurs autres tribus à la sienne. Débute alors une période de révolte particulièrement sanglante.

En 1544, les forces indigènes parviennent à piéger Gutiérrez et ses hommes lors d’une embuscade. Les guerriers costariciens sont armés de lances, de massues et de flèches et causent de lourdes pertes aux Espagnols. Au cours de cette bataille, Gutiérrez et capturé puis exécuté.

Pour les indigènes, la victoire est immense. Elle symbolise leur résistance et leur capacité à s’allier contre un même ennemi. Pour les Espagnols, la mort du gouverneur est un choc. La défaite est si dure à digérer que plus aucune expédition n’est envisagée durant presque deux décennies.

En 1561, Juan de Cavallón arrive au Costa Rica. Il concentre ses efforts dans la région de la vallée centrale et fonde deux villes : Garcimuñoz et Los Reyes.

La seconde est rapidement abandonnée. Notamment à cause des maladies et du manque de nourriture. Mais aussi grâce aux révoltes indigènes menées par Garabito, un chef Huetar. Garcimuñoz, elle, résiste et devient la première colonie stable du pays.

La colonisation s’accélère avec l’arrivée de Coronado

En 1563, Juan Vásquez de Coronado succède à Cavallón. Il déplace la ville de Garcimuñoz vers les terres plus fertiles du Volcan Irazú et la renomme Cartago. La ville devient la capitale de la colonie. Point de départ des nouvelles expéditions, elle joue un rôle crucial dans la conquête du pays.

Pour beaucoup, Coronado est considéré comme le colonisateur du Costa Rica. Il enchaine les campagnes militaires, notamment dans les régions de la vallée centrale, du Pacifique Sud et de Talamanca (à l’est).

Au sud, les tribus indigènes lui opposent une violente résistance. À l’est, c’est Garabito qui mène la vie dure aux Espagnols. Les empêchant d’établir de nouvelles colonies et d’exploiter les mines d’or.

Contrairement à ses prédécesseurs, Coronado sait adopter des méthodes plus diplomatiques. En soutenant les guerres intertribales et en négociant avec certains chefs, il parvient plus que tout autre à pacifier la région et à assoir la domination espagnole.

En revanche, il échoue à capturer Garabito qui n’a de cesse de harceler les colons, attaquant les camps isolés et les routes commerciales. Le cacique empêche ainsi les Espagnols d’avoir le contrôle total du pays.

La chute des indigènes Costariciens

En 1565, Coronado rentre en Espagne pour demander plus de ressources. De nombreux chefs de tribus y voient alors une opportunité, c’est la révolte générale. Les caciques mènent leurs hommes dans des raids visant à détruire les petites colonies et les plantations. La technique reste la même, frapper rapidement et se retirer dans les montagnes.

Durant une courte période, les indigènes parviennent à assiéger Coronado. La ville résiste, mais l’attaque démontre une volonté inébranlable des Costariciens à défendre leur territoire.

En réponse, les Espagnols mènent de violentes contre-attaques. Au prix de nombreuses vies, ils capturent des chefs de tribus et les exécutent publiquement, à titre d’exemple. Afin de briser les indigènes rebelles, ils n’hésitent pas à détruire des villages entiers. Ils enlèvent également des femmes et des enfants qu’ils revendent comme esclaves.

Toutes ces exactions, additionnées aux épidémies, mènent à une chute dramatique de la démographie. De 400 000 indigènes à l’arrivée de Christophe Colomb, il n’en reste plus que 21 000 en 1570.

Les différentes campagnes militaires qui suivent finissent par venir à bout de la résistance indigène. La région est considérée comme colonisée entre 1570 et 1580.

Cependant, quelques poches rebelles subsistent toujours. En témoigne la révolte générale de Talamanca en 1610. Menées par les chefs Presbere et Comesala, les tribus attaquent violemment les colons. Ils parviennent à détruire la ville de Santiago de Talamanca et la côte ouest devient un bastion de la résistance indigène. À tel point que les Espagnols renoncent à coloniser cette région durant plus d’un siècle.


Après 1573, le territoire est définitivement nommé « province du Costa Rica » et a pour capitale Cartago. Si le pays est finalement presque entièrement colonisé, les Costariciens ont prouvé, tout au long du 16è siècle, leur capacité à résister. Ne cédant pas à cet ennemi technologiquement supérieur, ils ont su se rassembler et bloquer les Espagnols dans leur avancée, bien plus longtemps que dans d’autres parties des Amériques.