Notre premier circuit au Costa Rica – partie 2

Gamita. Le sourire de la jungle !

Mardi 20 janvier.

La veille, j’ai dit à mes voyageuses que je les retrouvais à 7 h. J’arrive à 7 h 30.
Tempo Costaricien.

Les 8 sont déjà prêtes, impatientes de se rendre en territoire indigène. En vrai ? Moi j’appréhende. Il existe une possibilité que le mode de vie des Bribris, assez éloigné du nôtre, crée quelques soucis d’adaptations.

Le point de rendez-vous est le fleuve Telire, dans la localité de Suretka. C’est Gamita qui nous y reçoit.

Mais remettons un peu de contexte, veux-tu ?

En 2022, j’ai fait un volontariat dans une autre communauté indigène, au sud-ouest du pays. Cette expérience m’a beaucoup marqué, au point que j’en ai écrit un roman.
Dans ce livre, Gamita est présent sous son vrai nom, tant il m’est apparu comme une source de vérité. Comme un sage, pourrait-on dire.

En même temps il a été à bonne école.
Il a passé sa vie au contact de la forêt, est l’héritier d’une philosophie animiste et évolue dans une société matriarcale.

T’as un meilleur tiercé pour accéder au bonheur toi ? ...
C’est bien ce qui me semblait.

Gamita a le projet de partager sa culture millénaire. L’argent récolté lui permet d’aider sa communauté et de respecter l’engagement qui les lie à cette Terre : protéger la jungle.

D’ailleurs c’est bien simple, après le terrain où sont construites leurs maisons, c’est la forêt vierge.
La définition officielle, c’est une terre qui n’a jamais été exploitée, taillée, ou même adaptée par l’humain.
J’ajouterais que ce qualificatif de « vierge » est tout aussi adapté à l’état de ton cœur quand il ressort de là : Pur. Lavé des affronts de la vie moderne.

Pas besoin d’être ésotérique pour le ressentir.
De fait, même si tu ne t’en rends pas compte, l’air absorbé là-bas se

diffuse dans tes cellules et gonfle tes forces, te rendant apte à affronter tes peurs et tes blocages.

Bref.
Alors qu’elles montent dans un petit bateau pour se rendre sur l’autre rive tout en ignorant le programme de la journée, je remercie ma bonne étoile pour avoir rencontré Gamita.

Je sais déjà qu’elles repartiront d’ici changées.

la traversée du fleuve Sixaola au Costa Rica

Reconnaissance

De l’autre côté du Telire, un pick-up datant des années 50 nous attend. Elles grimpent à l’arrière, ravies d’être secouées par les nids de poule et

la paix qui émane des paysages qu’elles traversent.

Après une vingtaine de minutes, nous arrivons chez l’Awa. Le chaman de la communauté qui nous accueille dans son Úsure, une hutte conique fabriquée à base de feuilles de palmiers.

L’awa nous parle des croyances, de la philosophie et des cérémonies qui régissent la vie des Bribris, puis ils nous invitent à prendre part à l’une d’elles. L’idée étant de nous nettoyer et de nous ouvrir les yeux sur la générosité de la vie.

Je ne dévoilerai pas ici les étapes du rituel.
T’imagines pas non plus qu’on a tous pris de l’ayahuasca, c’est juste que si je t’explique ça sans te parler des significations ça n’a pas trop de sens.
Et si je commence ce genre d’explications, on en a pour un autre numéro complet.
Donc je vais plutôt te divulguer les effets qui en ont découlé. En ce qui me concerne en tout cas.

Je les ai remarqués le soir même. J’avais alors deux options pour dormir. Un hamac, en proie aux bruits et aux bêtes de la nuit. Et un lit, en proie aux ronflements de mes clientes (désolé les filles ). Au lieu de m’en agacer, je me suis senti, sans le forcer, très reconnaissant d’avoir un tel luxe.

Deux options de couchages en pleine jungle ! Qui a ça ? Franchement !

Après la cérémonie, ces dames remontent dans le pick-up pour une exploration des environs et nous terminons la journée dans une maison, sur la propriété de Gamita.

un groupe dans un transport insolite pendant un voyage sur mesure au Costa Rica

L’Univers a parlé

Je peux pas continuer sans te parler un peu plus de cette maison et de ce qu’elle signifie.

En fait, recevoir des visiteurs et leur proposer une immersion dans la culture Bribri, c’est une idée du père de Gamita.

Sauf que c’est pas si facile de faire venir du monde.

Il faut des endroits pour l’accueillir, il faut savoir ce qu’il va faire.
Mais surtout, il faut faire gaffe que l’intention noble de s’ouvrir et de partager ne se retourne contre eux.
C’est-à-dire qu’il faut éviter que les gens se rendent là-bas comme ils iraient dans un zoo.
Et éviter que les Bribris ne perdent leur identité pour le bon plaisir des followers de leurs visiteurs.

Parce qu’entre l’authenticité et la mascarade, il n’y a qu’un pas. D’ailleurs, si tu fréquentes LinkedIn, tu n’as pas pu échapper à ce constat.

Mais ce n’est pas le sujet.

Gamita a donc pour mission de développer le projet tandis que son père, lui, a construit l’ouvrage dans lequel nous dormons ce soir. Avec ses mains et sa machette !

On est le premier groupe à dormir dans cette maison.
D’ailleurs, on est le premier groupe tout court que reçoit la communauté.
Jusque là c’était plutôt une personne par-ci par-là.
Du coup, une certaine pression pèse sur les épaules de mon ami. En nous recevant, il teste vraiment son dispositif, il confronte ses prévisions à la réalité.
Comme nous en fait.

Et comme nous, il a cru que cette immersion ne pourrait jamais avoir lieu.

Car dix jours avant notre arrivée, une violente tempête s’est abattue sur la région.
Dans sa fureur, le vent a déraciné des arbres presque centenaires dont l’un est tombé à deux mètres de la maison.

Quand ils me racontent ça, Gamita et son père ont les yeux pleins de lumière. Ils m’expliquent que vu son orientation, la chute du géant aurait forcément dû écraser la maison. Le sens dans lequel il est tombé ne respecte aucune règle de physique élémentaire et pour eux c’est un signe clair que Sibö (à prononcer Sibou) approuve le projet.

Mieux, il veille sur lui.

La vraie vie !

Pour l’instant, le rez-de-chaussée est complètement ouvert. Il y a quelques hamacs, un feu pour cuisiner, et aussi un plan de travail derrière lequel nous attend la sœur de Gamita. Bien décidée à nous régaler.

Les Bribris font pousser un cacao de renommée mondiale (l’un des meilleurs pour certains experts.) et nous initient aux étapes qui mènent de la fève au chocolat.
Les filles, grandes amatrices, se régalent.

Mais leurs papilles n’ont pas fini d’être enchantées car voilà qu’on nous sert un plat de fête. Du cochon cuit à la flamme et accompagné de ses patacones, des tortillas de bananes plantains frites.
Chaque bouchée est à tomber de son hamac.

Il faut dire que le tout est assaisonné à la sauce Bribri : De la paix et de l’amour.

La nuit se passe à l’étage et elle se passe bien. Personne ne ronfle. Il n’y a d’autres bruits que les grillons, les hiboux et les bruissements de feuilles.
Qui sait ce qui se cache derrière ?

Je rêve que ce soit le jaguar et son œil protecteur.

Au réveil la beauté nous est servie sur un plateau de bois. Le balcon offre une vue plongeante sur l’immensité de la jungle.

En fait à ce niveau-là, c’est même plus beau. Ou alors c’est sa définition la plus pure.
Y’a pas de mots pour décrire cette sensation. Ça te prend de l’intérieur, ça t’appelle.

Ça te rappelle d’où tu viens, que t’es rien et que t’es tout à la fois.

Ça te remémore que t’es vulnérable, mais qu’en même temps tu peux tout faire.

Avant le petit-déjeuner, et surtout avant de se quitter, Gamita nous emmène jusqu’à un arbre deux fois centenaire. Comme un groupe de hippies que nous sommes, nous l’embrassons.

Je déconne ! Pas besoin de sarouel pour sentir ses énergies.

Ce voyage vous donne envie ?

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Tristan, guide francophone au Costa Rica

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